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27 octobre 1962

l'Agenda de Mere. Volume 4. 28 aoűt 1963

Mčre

l'Agenda

(Une malencontreuse série de pannes de courant nous a empêché d'enregistrer la totalité de cette conversation, sauf quelques passages. Nous avons noté de mémoire les passages manquants, puis Mère a complété nos notes par un certain nombre de commentaires et d'additions.)

On va faire construire une petite pièce sur la terrasse pour mettre l'harmonium. J'ai envie de faire des expériences...

Il y avait une mauvaise attitude du corps qui me gênait tout le temps quand je jouais, et maintenant que c'est parti, je voudrais voir ce que ça donne. C'était quelque chose dans le subconscient qui se mettait en travers: tout ce qu'on vous apprend quand on étudie la musique, qu'avec telle note on ne peut pas jouer telle note, et ceci et cela; alors je me branchais là-haut et j'entendais, mais il y avait toujours ces vieilles habitudes subconscientes qui intervenaient. Maintenant, tout cela est changé et je voudrais voir ce que ça donne – ça donnera peut-être des cacophonies!

Mais ce n'est pas de la musique que je joue, je n'essaye pas de jouer de la musique: c'est seulement une sorte de méditation avec des sons.

J'entends constamment comme de grandes ondes musicales. Il suffit que je me retire un peu et c'est là, j'entends. C'est toujours là. Ce ne sont pas des sons et c'est de la musique! De grandes ondes musicales. Et chaque fois que j'entends ces ondes, il y a mes mains qui ont envie de jouer. Alors je vais faire des expériences, rester complètement passive, les mains inertes, et essayer de transcrire ça.

Ils ont dit qu'ils allaient installer des fils électriques à travers le plafond pour enregistrer automatiquement chaque fois que je jouerai. Je leur ai dit: «C'est votre affaire, mais ne vous attendez pas à avoir de la musique!»

Une fois, je suis allé dans le monde de là musique, et ce que j'ai entendu était si merveilleux, si incroyablement beau que j'en suis resté sous le choc pendant des heures après le réveil. C'était incroyable. Où est-ce situé ce monde-là?

Je connais très bien, j'y allais très souvent. C'est tout à fait en haut de la conscience humaine, à la limite de ce que Sri Aurobindo

appelle l'hémisphère inférieur et l'hémisphère supérieur. C'est très haut, très haut. J'ai beaucoup étudié ce domaine.

C'est un monde de création avec plusieurs stades ou plusieurs degrés.

Justement, j'aimerais comprendre le fonctionnement. Il faut que j'en parle dans le livre.

La première zone qu'on rencontre, c'est la peinture, sculpture, architecture: tout ce qui a une forme matérielle. C'est la zone des formes – des formes colorées qui se traduisent par des peintures, des sculptures ou de l'architecture. Mais ce ne sont pas des formes comme nous les connaissons: ce sont plutôt des types; par exemple on voit des jardins-types qui sont merveilleusement beaux et colorés, ou des constructions-types.

Puis il y a la zone musicale et là, on trouve l'origine des sons qui ont été les inspirations des différents compositeurs. Ce sont de grandes ondes musicales sans qu'il y ait de sons! Ça paraît un peu drôle, mais c'est comme cela.

Mais quand tu joues, tu entends quelque chose ou quoi?

Quand je joue, généralement j'entends ce que je joue. C'est difficile à dire... Ce n'est pas juste un son comme cela: c'est un ensemble de sons, et ce n'est pas le son... non, ce n'est pas le même son, c'est vrai, c'est quelque chose qui est comme l'essence de ce son. Mais par exemple, j'ai une sorte de sentiment que ce que j'entends devrait se traduire par un grand orchestre... Je VOIS, n'est-ce pas, je vois comme de grands orchestres devant moi, à droite, à gauche... et alors il faut que je traduise ça sur un harmonium, tu comprends! C'est comme un orchestre composé de groupes de musiciens dont chacun traduirait une partie de cet ensemble, qui est un son beaucoup plus complet que ne peut l'entendre l'oreille. C'est ça. Ce n'est pas juste une chose qu'on peut traduire en chantonnant un air comme ça: c'est un ensemble de vibrations musicales. Et alors je vois en même temps comment ça devrait se traduire. Je vois de grands orchestres autour de moi. Mais aussi, c'est un autre genre de vision: ce n'est pas une vision comme on a avec l'œil, avec cette précision; ce n'est pas ça, c'est une vision très... c'est la vision de la conscience. Comment décrire! Tout ce qu'on peut dire, c'est que ce n'est pas notre genre ordinaire de vision et d'ouïe non plus.

C'est une sorte de connaissance assez complète qui est une vision, une connaissance de l'ensemble de sons et de comment ils devraient se traduire.

Au-delà de la zone musicale, il y a la pensée: des pensées, des organisations de pensée pour pièces, pour livres, des abstractions pour des philosophies. Mais ce qui m'intéressait particulièrement, c'étaient les combinaisons qui peuvent donner lieu à des romans ou des pièces de théâtre.

Ça, c'est la troisième zone.

On entend des sons dans la zone intellectuelle?

Non, dans l'endroit intellectuel, ce sont des formations de pensée, et la formation de pensée se traduit dans le cerveau de chacun en sa propre langue. C'est là qu'on trouve des combinaisons pour les romans, les drames, etc., et même les systèmes philosophiques. Ce sont des combinaisons de pensée, qui est une pensée pure, qui n'est pas une pensée formulée dans une langue. Et cette pensée se traduit dans le cerveau de chacun dans sa propre langue, automatiquement. C'est le domaine de la pensée pure. C'est là qu'on travaille quand on veut travailler pour toute la terre; on n'envoie pas des pensées formulées dans des mots, on envoie la pensée pure, qui se formule dans n'importe quelle langue, dans le cerveau de n'importe qui: tous ceux qui sont réceptifs. Et ces formations sont disponibles, c'est-à-dire que personne ne dit: «C'est MON idée, c'est MON livre.» Celui qui a la capacité de s'élever là peut attraper les formations et les transcrire matériellement. J'ai fait une expérience comme cela: un jour, j'ai voulu voir et j'ai fait, moi aussi, une formation que j'ai laissée se promener. Et dans la même année, deux personnes tout à fait différentes, qui ne se connaissaient même pas, l'une en Angleterre et l'autre en Amérique, ont attrapé ma formation et l'un, en Angleterre, a écrit un livre, tandis que celui d'Amérique faisait une pièce de théâtre. Et les circonstances se sont arrangées pour que le livre et la pièce viennent tous les deux à moi.

Au-dessus, il y a une quatrième zone: une zone de lumières colorées, de jeux de lumières colorées. C'est dans cet ordre là: d'abord la forme, puis le son, puis les idées, puis les lumières colorées. Mais c'est déjà plus loin de l'humanité. C'est une zone de forces et c'est une zone qui a l'aspect de lumières colorées. Pas de formes: des lumières colorées qui représentent des forces. Et on peut combiner ces forces, qui alors agissent sur l'atmosphère terrestre pour amener certains événements. C'est une zone d'action qui est indépen-

dante de la forme, du son et de la pensée: c'est au-dessus. C'est une zone de pouvoir et de puissance active qu'on peut utiliser à une fin spéciale – si on a le pouvoir de s'en servir. Ça, c'est la plus haute des zones.

Nous avons donc: forme, qui se traduit par la peinture, la sculpture ou l'architecture; son, qui se traduit par des thèmes de musique; et pensée, qui se traduit par des sujets de livres, de pièces ou de roman, ou même des théories intellectuelles, philosophiques ou autres (c'est là qu'on peut envoyer des idées de façon qu'elles agissent dans le monde, sur toute la terre, parce qu'elles influencent les cerveaux réceptifs dans n'importe quel pays, et ça se traduit en eux par des pensées correspondantes dans leur propre langue). Et au-dessus de cette zone, libre de formes, libre de sons, libre de pensées, c'est le jeu des forces, qui se traduisent par des lumières colorées. Et quand on entre là et qu'on a le pouvoir, on peut combiner ces forces, qui se traduisent plus tard (ça prend quelque temps, c'est rarement immédiat) par des créations sur la terre.

Mais ces grandes ondes musicales que tu entends, tu avais dit que c'était au-delà des sons. Est-ce que c'est dans ce domaine de vibrations lumineuses?

Oui... Mais c'est la partie supérieure de la zone musicale. Chacune de ces zones a des degrés intérieurs, et au sommet de la zone musicale, ça commence déjà à être des ondes, des ondes de vibration. Mais c'est directement en rapport avec la musique, tandis que ces forces colorées dont je parle sont en rapport avec les transformations terrestres, les actions – les grandes actions. Ce sont des pouvoirs d'action. Cette zone dont on n'entend pas le son se traduit ensuite par des sons, par de la musique. C'est le sommet. Dans chacune de ces zones, il y a des degrés.

En somme, quand on est là-haut, à cette Origine, c'est une même vibration qui peut se traduire en musique ou en pensée ou en formes architecturales ou picturales, non?

Oui, mais elle subit des transformations spéciales en route. Elle passe par une zone ou par l'autre, et là, elle subit des transformations pour s'adapter au mode spécial d'expression. Les ondes musicales sont un mode spécial de traduction de ces ondes colorées – on devrait dire «lumineuses» parce que c'est lumineux en soi. Des ondes de lumière colorée. Des grandes ondes de lumière colorée.

(silence)

Toutes ces zones de création artistique, c'est très en haut de la conscience humaine; c'est pour cela que l'Art peut être un merveilleux instrument de progrès spirituel. Parce que ce monde de création, c'est aussi le monde des dieux – mais les dieux n'ont pas du tout le goût de la création artistique, je regrette de le dire;1 ils n'éprouvent pas du tout le besoin de la permanence des formes, ça leur est bien égal! Quand ils veulent quelque chose, il suffit qu'ils le veuillent et c'est là; quand ils ont envie d'un entourage, d'un cadre particulier, ils souhaitent et ça se forme tout seul – tout vient comme ils le veulent, alors ils ne sentent pas le besoin de fixer des formes. Tandis que l'homme, qui n'a pas ce qu'il veut comme il veut, doit faire un effort pour donner une forme, et c'est pour ça qu'il progresse – l'art est un grand moyen de progrès spirituel.

Mais ces grandes ondes musicales qui m'intéressent, j'avais l'impression qu'elles devaient se situer bien au-dessus du monde de la pensée...

Tu sais, ce n'est pas tout à fait comme une géographie!

Mais c'est tout à fait en bordure de l'hémisphère supérieur... C'est la première traduction de la Conscience sous forme de joie. Je me souviens, j'ai retrouvé cette même vibration de joie dans Beethoven et dans Bach (aussi chez Mozart, mais moins fort). La première fois que j'ai entendu le concerto en ré de Beethoven – en ré majeur, violon et orchestre –, tout d'un coup, le violon commence (pas tout au début, il y a d'abord un mouvement d'orchestre puis le violon reprend) et alors, dès les premières notes du violon – c'était Ysaye qui jouait, un musicien!2 – dès les premières notes, c'est comme si ma tête s'ouvrait tout d'un coup, et j'ai été projetée dans une magnificence, oh!... C'était absolument merveilleux. Pendant plus d'une heure j'étais dans un état béatifique. Ysaye était un musicien!

Et je ne connaissais rien de ces mondes-là, note, je n'avais pas la moindre connaissance; mais toutes mes expériences sont venues comme cela, sans que je m'y attende, sans que je le cherche. Je regardais un tableau, et tout d'un coup même chose: ça s'ouvrait dans ma tête et je voyais l'origine du tableau – des couleurs!... On peut arriver à ce monde-là sans passer par toutes les gradations mentales, directement à partir du vital.

*
*   *

Peu après

...Et encore maintenant, après toutes ces années et cette multitude d'expériences, c'est comme si c'était toujours nouveau, comme si le monde était toujours nouveau et que je ne connaissais rien. Je passe des nuits en ce moment, et quand je me réveille, je me dis: «Eh bien! voilà encore quelque chose que je ne connaissais pas!» On pourrait croire qu'après tant d'années, la vie doit être un peu rabâchée, mais non!

C'est peut-être que j'avance aussi vite que le Seigneur!3

 

1 La fois suivante, Mère a ajouté cette rectification: «Après ton départ, ils sont venus. En fait, ce n'est pas que je me sois souvenue, c'est qu'ils m'ont fait souvenir! Il y a Saraswati qui m'a dit: «Et ma cithare?» Et il y a Krishna qui m'a dit: «Et ma flûte?» (Mère rit) Il y a encore quelqu'un d'autre qui est venu, je ne me souviens plus qui. Ils n'étaient pas contents! Ils m'ont dit tout de suite: «Qu'est-ce que tu dis! nous aimons la musique.» Bon. J'ai dit: «C'est bien.» (Mère rit) C'est vrai, Krishna est un grand musicien, et Saraswati c'est la perfection de l'expression... Maintenant que nous avons reconnu leurs qualités (Mère s'incline), continue ta lecture.»

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2 Ysaye: célèbre violoniste belge (1838-1931), compagnon de Rubinstein.

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3 La «pluie de vérité» dont Mère parlait le 6 octobre.

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